quinta-feira, 23 de julho de 2015

L'incinération d'ivoire à Maputo changera-t'elle la situation ?






Cette semaine le Mozambique a incinéré 2,5 tonnes d'ivoire et de cornes de rhinocéros confisquées, mais cela découragera t'il le commerce, très actif bien qu'illicite, autour du braconnage de la faune sauvage ? Non, sauf si la corruption sur le terrain est traitée, écrit Estacios Valoi.


Le ministre mozambicain de la Terre, de l'Environnement et du Développement Rural, Celso Correia, s’apprête à enflammer 618 défenses d'éléphants et 86 cornes de rhinocéros.

 
Des millions de dollars d'ivoire font l'objet d'un trafic en Mozambique du Nord, où les statistiques sur le braconnage d'éléphants dépasse même celles annoncées par les organisations environnementales.

Avec l'aide de la complicité des autorités, les braconniers mozambicains, tanzaniens et somaliens abattent les éléphants avec des armes de haut calibre et passent l'ivoire en contrebande à travers les ports, aéroports et frontières du Mozambique. Il est principalement destiné à la Chine et au Vietnam.

En 2014, la Wildlife Conservation Society (WCS)  a averti qu'entre 1500 et 1800 éléphants étaient abattus chaque année au Mozambique, affirmant que « le braconnage des éléphants a été industrialisé » le long des frontières nord du pays.

Selon Cornelio Miguel, gestionnaire de la réserve nationale de Niassa, cinq éléphants sont abattus en moyenne chaque jour. La population d'éléphants à Niassa a été considérablement réduite, de 20.374 à moins de 13.000 entre 2009 et 2013.

Dans le parc national des Quirimbas dans la province de Cabo Delgado, le gestionnaire Baldeu Chande estime que la population d'éléphants y est tombée de 2000, en l'année 2008, à environ 400 en Janvier 2015.

Récemment, 114 carcasses d'éléphants ont été découvertes à l'intérieur du parc Taratibu .


Autorités corrompues

J'ai été témoin de cette réalité sur le terrain, dans la réserve de Niassa, en Octobre 2014. Près de 400 km de conduite chaque jour, pendant des heures sans apercevoir du macadam, avec parfois la peur de servir de déjeuner à des animaux sauvages, ou de constituer la cible des braconniers ou des autorités corrompues.

J'ai également couvert le Parc National des Quirimbas dans la province de Cabo Delgado, où le scénario n'était pas très différent. 

Après discussion avec les rangers rencontrés dans les deux parcs, la situation est claire. Ils se sentent déstabilisés par un système juridique qui permet la libération des braconniers et ne punit pas les syndicats criminels. Ces derniers étant soutenus par des responsables mozambicains impliqués dans le commerce illicite.



Un ranger de Niassa affiche la défense d'un éléphant mâle victime de braconnage. Photo: Estacios Valoi


Au poste de police de Mecula à Niassa, j'ai parlé à des braconniers suspects, António Bernardo et Paulo Nhenge.

Bernardo, également lié à la contrebande de corne de rhinocéros en provenance du parc national Kruger en Afrique du Sud, avait été arrêté par des rangers de Niassa en possession de fusils AK-47.

Nhenge avait été arrêté en possession d'armes à feu, mais affirme n'avoir tué des éléphants que sur les ordres d'un commandant militaire local.

Les deux suspects semblaient sereins, comme s'ils attendaient l'heure de leur libération. Cela n'a pas pris longtemps car, une semaine plus tard, ils "se sont échappés" pendant leur transfert des cellules de détention de la police à la prison.

Bernardo a été capturé à nouveau le 23 Janvier 2015. Il a laissé courir le bruit à Niassa qu'il avait payé un pot de vin de 16,129 dollars au procureur de Mecula et au chef des opérations policières pour le libérer, ainsi que Nhenge. Ce dernier est toujours libre.


Un pot-de-vin de 16,129 $

Avant leur fuite j'ai interrogé Alberto Manuel Imede, le commandant de la police de Mecula, à propos de l'implication présumée de la police civile locale, la patrouille frontalière, et les systèmes juridiques et judiciaires dans le soutien des syndicats de braconnage et du commerce illicite.

Il a évité de répondre directement et, pour montrer l'engagement de son département, m'a dirigé vers une cellule de police où des braconniers suspects ont été enfermés.

"Ils ne sont pas libérés, nous n'avons pas de corruption ici", a-il dit, montrant plusieurs braconniers détenus au poste de police de Mecula qui devaient être transférés à la cour dans la ville voisine Marupa.

Concernant l'évasion de Bernardo et Nhenge, Imede a jeté le blâme sur l'autorité de poursuite locale.

Mais Danilo Tiago, le procureur de Mecula a réfuté ceci: "Cela semble avoir été planifié", a-il dit. «J'ai parlé avec Bernardo après sa recapture et il m'a dit qu'il ne s'était pas échappé. Nous enquêtons toujours au sujet de l'argent."

Tiago dira pas que le chef de la police de l'opération avait reçu un pot de vin, et a dit qu'il était surpris d'entendre que Benardo avait mentionné son nom en relation avec le pot de vin de 16.129 dollars.


Complicité avec les autorités

La province de Cabo Delgado qui abrite le parc national des Quirimbas a connu une situation similaire concernant de hauts fonctionnaires impliqués dans le système juridique, facilitant la libération de personnes impliquées dans les syndicats de braconnage, avec le «silence du procureur général du Mozambique ».

Aucune enquête n'a été menée sur le rôle joué par des personnalités du gouvernement Frelimo, telles que Horaio Radio, le secrétaire en chef du village Muaja.



Le commandant de la Police Dora Manuel Manjate a reçu une prime et a été transféré à Inhambane


Dora Manuel Manjate, l'ancienne commandante de police de la province de Cabo Delgado, a pris une part active dans la facilitation de la contrebande de l'ivoire, du bois illégal et de rubis, par la société chinoise Mofid.

Au lieu de l'ouverture d'une enquête et d'une procédure judiciaire sur son cas, elle a été transférée, après avoir reçu un bonus de la part du gouvernement. Elle est aujourd'hui la commandante de police de la province d'Inhambane.

Un document de 15 pages a été rédigé par des fonctionnaires de la police de Cabo Delgado, constituant une plainte contre Manjate, les allégations à son encontre allant du tribalisme au népotisme, en passant par la défense de Jaime Biza, le commandant de la police de la Force d'Intervention du Mozambique (FIR) dans le district de Montepuez. 

Manjate aurait réfuté les accusations concernant son implication dans le commerce illégal de rubis.

Biza a également été trouvé au volant d'une voiture impliquée dans un accident ayant causé la mort de deux civils. Cette affaire a été archivée par Manjete afin de le protéger, selon le document.

Le document a été envoyé en Septembre 2014 au gouverneur de Cabo Delgado de l'époque Jorge Khalau, au commandant général de la police Abdul Razak, au ministre de l'Intérieur du Mozambique et au directeur du service de renseignement de sécurité de l'Etat.

Ces dirigeants sont restés silencieux, choisissant de ne pas répondre aux questions des médias, et aucune enquête n'a eu lieu sur les allégations formulées, ni par le procureur général du Mozambique, ni au niveau de la police.

Le Mozambique a signé plusieurs conventions régionales et internationales, accords et protocoles interdisant le bois illégal et le trafic de la faune. 

En outre, le code pénal du pays prévoit un emprisonnement de huit à douze ans pour la possession illégale d'armes à feu ou de munitions.

Ces lois existent sur le papier mais les autorités relâchent toujours, sur des pots de vin, les personnes impliqués dans des activités de braconnage. Certains des cas sont exposés dans des rapports de la police d'investigation criminelle mozambicaine, ainsi que dans des rapports de procureurs et de tribunaux provinciaux.

Tout cela se passe sous les yeux des tribunaux et des procureurs qui, au lieu de garder les coupables en prison, leur permet de retourner à leurs activités de braconnage - souvent même mieux organisé qu'auparavant.


Escadrons de la mort pour les éléphants

Dans le village Muaja du district Ancuabe, par exemple, certains des braconniers impliqués dans une opération massive de braconnage ont été détenus puis libérés par le système légal et judiciaire à plus de trois reprises.

En conséquence, les braconniers ont pu participer à un escadron de la mort pour les éléphants à l'intérieur du parc national des Quirimbas , à environ trois kilomètres de là où nous étions en reportage. Cinq éléphants ont été abattus par les braconniers en moins de 24 heures.



En moins d'une minute l'éléphant a disparu


Les villageois nous ont alertés de la boucherie et nous ont appris que les  braconniers étaient d'anciens "combattants de la liberté " d'un village appelé Mbongo où, apparemment, se trouvent beaucoup d'armes à feu illégales.

Il était environ 19h00 quand nous avons quitté l'endroit où nous étions basés, pour suivre à moto, les membres de la communauté se précipitant à pied et à vélo, armés de machettes, de couteaux, de tout ce qui peut servir à découper un morceau de viande.

Dans la brousse où gisaient les éléphants braconnés, les gens discutaient, criant, riant, alors qu'ils divisaient la viande fraîche. En moins d'une minute, l'éléphant avait disparu. Sur le terrain il restait seulement le squelette.

Avant, les braconniers allaient braconner en groupe de quatre à six, mais aujourd'hui, ils sont composés de douze à quinze personnes .

Au début du mois de Décembre 2014, 12 braconniers « de la guérilla », armés d'AK-47s et portant l'uniforme militaire, ont tenu un « raid de l'éléphant » sur deux semaines, au long du fleuve Montepuez, terrorisant même des membres de la communauté du village Muaja.

Un des braconniers se nomme Mussa Namparavara. Il avait récemment été arrêté et détenu dans les cellules de la police avant d'être libéré.

La police et le service de renseignement et de la sécurité d'Ancuabe a poursuivi les braconniers, mais ils ont réussi à s'échapper parmi les plantations de tabac.


Envolées en fumée

Les autorités mozambicaines ont incinéré 618 défenses d'éléphant et 86 cornes de rhinocéros à Maputo, lundi 6 juillet dernier. Le grand feu inclut 340 défenses d'éléphant et 65 cornes de rhinocéros saisies le 12 mai dans la ville méridionale de Matola , où la police a perquisitionné une maison à la suite d'une dénonciation et ont arrêté deux citoyens chinois en lien avec le butin.



Une corne de rhinocéros part en fumée


Le ministre des Terres , de l'Environnement et du Développement rural, Celso Correia, mit le feu à la pile et a déclara que le but de la brûlure était de décourager le braconnage.

"Avec cette loi, nous avons l'intention de montrer au monde que notre pays répudie le braconnage et l'abattage illégal d'animaux pour extraire les cornes et l'ivoire", a déclaré Correia. "Nous en avons assez du crime du braconnage. Là est la forte position du gouvernement."

Dans la partie nord du pays, où la population d'éléphants a été réduite d'au moins 50 % depuis 2009, le gouvernement doit se concentrer sur l’éradication de la corruption et la collusion officielle qui aide les braconniers.


Estacios Valoi est un journaliste d'investigation mozambicain.
Edition et traduction par Myriam Duval